Dépêche AFP :
http://www.groupe-alpha.com/afps/4179PARIS, 8 juin 2009 (AFP)
Les ruptures conventionnelles de contrat de travail par consentement mutuel entre salarié et employeur sont en essor depuis leur naissance à l'été 2008, parallèlement à la crise, faisant craindre à certains un détournement par les entreprises, démenti par les pouvoirs publics.
Près de 67.000 ruptures conventionnelles de contrats à durée indéterminée ont été enregistrées de juillet 2008 à mars 2009, dont 9.226 en janvier, 12.928 en février et 13.326 en mars.
Ce dispositif, généralement moins coûteux pour les employeurs que des licenciements et ouvrant droit pour les salariés à des indemnités de chômage, résulte de la loi de modernisation du marché du travail, issue d'un accord patronat-syndicats (CGT exceptée).
Pour le directeur général du Travail, Jean-Denis Combrexelle, cela a mis un terme à la plupart des "faux licenciements".
Mi-mars, une circulaire du ministère invitait à "être particulièrement vigilant sur les ruptures conventionnelles qui seraient conclues en vue de contourner les garanties en matière de licenciements économiques et collectifs".
Pour le professeur de droit Paul-Henri Antonmattei, par temps de crise il y a "une tentation des départs volontaires et une super-tentation de ruptures conventionnelles".
Loxam, loueur de matériels, avait ainsi inclus en décembre dans un accord d'entreprise cette possibilité de rupture, majorations à la clé, pour éviter des licenciements collectifs ... avant de retirer cette clause.
Des PME ont fait d'un coup 8-9 licenciements économiques et 4-5 ruptures conventionnelles, évitant un plan de sauvegarde de l'emploi obligatoire à partir de 10 licenciements, selon la CGT.
"Difficile de prouver en justice que le consentement du salarié est vicié", estime la juriste CGT Anne Braun, dénonçant une "supercherie initiale: être d'égal à égal avec l'employeur".
A l'inverse, Marcel Grignard (CFDT) juge que ces ruptures conventionnelles apportent "un minimum de garanties et de vérifications, alors que les ruptures de gré à gré, qui devaient souvent se passer dans des conditions douteuses, allaient croissant".
Dans les entreprises, les syndicats voient généralement les ruptures conventionnelles comme un "plus", mais signalent parfois leur dévoiement, accentué par la crise.
Chez Dassault Aviation, où du chômage partiel est prévu à l'automne, "des ruptures conventionnelles seront ouvertes de façon restreinte, nous a assuré la direction, pour résoudre des cas de sous-charge ou de sur-effectif", rapporte Richard Bedere (CFE-CGC).
Chez IBM, la direction évoque "quelques cas, en général à l'initiative des salariés". Mais la CFDT signale des "pressions" et "100 à 150 ruptures conventionnelles en cumul sur un an", jugeant préférable "un plan social plus protecteur et transparent".
Et chez Hertz, où un plan social est en cours, "des cadres sont approchés, auxquels sont proposés des ruptures conventionnelles avec des indemnités allant de 7.000 à 127.000 euros", selon la CGT. La direction n'a pas souhaité commenter.
Dans leur livre "Les réformes ratées du président Sarkozy", les économistes Pierre Cahuc et André Zylberberg jugent que des salariés "qualifiés" pourraient en profiter pour "faire une pause de quelques mois tout en percevant une rémunération confortable" avant un nouvel emploi, ou bien des seniors pour "avancer très sensiblement l'âge du départ à la retraite".
L'OCDE invite aussi à éviter que "les employeurs puissent abuser" des ruptures conventionnelles "pour se séparer des seniors à bon compte et aux frais de l'assurance chômage".
Voir aussi :
Ruptures à l'amiable : gare aux licenciements déguisés
http://www.lefigaro.fr/lentreprise/2009 ... uises-.php